PLR non consentants, des garagistes se retrouvent candidats à leur insu à Prilly
À Prilly, plusieurs habitantes et habitants ont découvert avec stupeur qu’en croyant signer une pétition pour préserver des places de stationnement dans leur quartier, ils avaient en réalité été inscrits comme candidats sur la liste du PLR au Conseil communal. Selon la RTS, au moins cinq personnes auraient été prises dans cette situation, et l’une d’elles, Claudia Castro, a même été élue sans l’avoir voulu. Le PS Prilly a rencontré d’autres indépendants prillérans (sympathisants PS) s’étant aussi fait entourlouper.
Ils croyaient signer une pétition
Claudia Castro et son mari Joel tiennent un garage à Prilly. En janvier, une femme s’est présentée sur leur lieu de travail avec une feuille en expliquant qu’il s’agissait d’une démarche pour défendre des places de parc dans le quartier. Sensibles à cette question, les deux époux ont donné leurs coordonnées personnelles, comme leur nom, prénom, adresse et date de naissance, puis ont signé le document. Leur fils et plusieurs employés présents ont fait de même. Pour eux, il s’agissait simplement de soutenir une cause locale, sans implication politique particulière.
Une méthode « vraiment malhonnête »
Ce n’est que deux mois plus tard que Claudia Castro découvre, par l’intermédiaire d’une amie, que son nom et sa photo figurent sur un prospectus électoral du PLR Prilly. La surprise se transforme rapidement en colère, d’autant plus qu’elle est élue lors du scrutin communal du 8 mars avec près de 700 voix. Elle affirme ne rien connaître à la politique, ne pas vouloir s’engager et n’avoir jamais donné son accord pour une candidature. Depuis cette élection involontaire, elle explique avoir reçu de nombreux appels, courriels et invitations dans le cadre de la campagne, alors même qu’elle n’y a jamais participé. Pour elle, la méthode employée est « vraiment malhonnête ».
Joel Castro partage ce sentiment d’incompréhension. Il déclare qu’il n’aurait jamais accepté une telle démarche s’il avait compris qu’il s’agissait d’une inscription sur une liste électorale. Le couple souligne en outre qu’aucune initiative officielle visant à augmenter le nombre de places de parc n’a été enregistrée par la commune, ce qui renforce à leurs yeux l’idée qu’ils ont été trompés dès le départ.
Le PLR Tony Capuano dément…
Le PLR Prilly, de son côté, rejette fermement toute accusation de tromperie. Tony Capuano, membre du comité du parti, affirme qu’il n’a jamais été question d’une pétition et que les personnes concernées ont été informées qu’il s’agissait d’une démarche pour les élections au Conseil communal. Il reconnaît toutefois que certaines personnes ont pu mal comprendre, mais maintient que le processus était clair. Il assume aussi une stratégie visant à élargir au maximum la liste du parti, estimant que plus il y a de candidats, plus le parti récolte de voix, notamment grâce aux réseaux de proximité. Avec 53 candidates et candidats, le PLR présentait une liste bien plus fournie que les autres formations politiques locales, qui comptaient entre 11 et 23 noms. Cette stratégie a payé électoralement, puisque le parti a obtenu 21 sièges, soit plus d’un quart du Conseil communal.
Le syndic Alain Gilliéron, lui aussi membre du PLR, botte en touche en expliquant que l’administration communale se borne à vérifier la conformité formelle des listes: noms, adresses, professions et signatures. Elle n’a pas pour rôle de contrôler si les personnes ont bien compris ce qu’elles signaient.
Photos de campagne usurpées à coup d’IA
Un autre aspect de l’affaire concerne les photos utilisées pour la campagne. Les Castro ont vu circuler des images d’eux fortement retouchées, avec des vêtements modifiés et des visages altérés, au point qu’ils avaient parfois du mal à se reconnaître. Les clichés semblent avoir été transformés à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Tony Capuano admet l’existence de retouches, mais les banalise en expliquant que tout le monde modifie aujourd’hui ses photos. Les Castro disent avoir accepté d’être photographiés dans leur garage, mais uniquement parce qu’ils pensaient illustrer la prétendue pétition.
Cette affaire constitue un scandale et montre jusqu’où peut aller la difficulté croissante des partis à recruter des candidats motivés. Un mandat politique doit relever d’un choix libre et éclairé. Or, la feuille officielle d’inscription ressemble effectivement à une pétition, ce qui peut favoriser la confusion, d’autant plus que certaines informations peuvent être ajoutées après signature.
Atteinte à la réputation?
Aujourd’hui, Claudia Castro se retrouve dans une situation délicate. La loi lui permet soit d’accepter son mandat, soit de siéger comme indépendante, soit de renoncer immédiatement. Mais aucune de ces options ne lui convient vraiment, car elle ne veut pas s’engager politiquement et craint qu’une démission publique ne nuise à la réputation de son garage familial. Le couple attend désormais surtout des excuses du PLR Prilly et souhaite que l’affaire s’arrête là.
Mépris des institutions démocratiques
Au final, que démontre cette affaire? un grand mépris des gens, de nos concitoyen·ne·s et de nos institutions démocratiques. Qui n’étonne en rien venant du très trumpiste Tony Capuano, qui n’est pas à un dérapage près. Cela sans parler du tout-ménage trompeur publié par le PRL avant le premier tour des élections le 8 mars. La question centrale est: veut-on à la Municipalité d’une personne qui fait preuve d’une telle malhonnêteté intellectuelle? Réponse dans les urnes le 29 mars prochain.


